- Définition générale
L’émotion est un processus dynamique dans le temps. Elle est générée par un objet ou un événement qui peut être à la fois interne (par exemple nos pensées et expériences) ou externe (par exemple notre environnement physique et social). Une fois déclenché, l’émotion se manifeste à travers plusieurs composantes : la cognition, la physiologie, les tendances à l’action, l’expression motrice et l’expérience subjective (Scherer, 2000). Les émotions sont considérées comme modulables et donc sujette à la régulation.
Notons que l’émotion n’est pas le résultat direct de l’événement (interne ou externe) en tant que tel. C’est l’évaluation faite de cet événement qui va ou non déclencher une émotion. L’émotion peut alors être considérée comme la résultante de l’analyse rapide de la situation.
- Le processus émotionnel
L’émotion est un processus qui peut être schématisée de la manière suivante :
Schéma du processus émotionnel (d’après Gross, 2007)
Le processus se décompose en quatre grandes étapes : les déclencheurs ou la situation, l’attention portée à la situation, l’évaluation cognitive et la réponse ou manifestation émotionnelle.
Les déclencheurs de l’émotion : Basch et Fischer (2000) ont travaillé sur les sources externes des émotions dans les contextes organisationnels. Ils retiennent trois principales sources d’émotions positives (telles que la joie, la fierté, le soulagement, etc.) : l’atteinte d’objectifs, la réception de reconnaissance et l’attitude de collègues. Les trois principales sources d’émotions négatives (telles que la colère, le dégoût, la tristesse, etc.) sont le comportement de collègues, ceux de supérieurs hiérarchiques ainsi que les problèmes liés à l’exécution du travail.
Le processus de l’évaluation cognitive : C’est Klaus R. Scherer qui explore en 2001 plus en détail le processus d’évaluation et définit un processus en 5 étapes :
(1) L‘évaluation de la nouveauté du stimulus (dans le sens de soudaineté, de familiarité, et de prédictibilité de l’événement) qui détermine le changement opéré dans le pattern de la stimulation interne ou externe, notamment la survenue ou la possibilité de voir survenir un nouvel élément.
(2) L’évaluation du plaisir intrinsèque aussi appelé appréciation de l’agrément intrinsèque d’un événement (attrait, agrément d’un événement, en tant que qualités intrinsèques ou permanentes). Ce dernier apprécie si un événement est de caractère plaisant ou déplaisant, générant des tendances d’action en termes d’approche ou d’évitement.
(3) L’évaluation porte également sur la pertinence ou l’importance de l’événement par rapport aux buts et objectifs dominants de l’individu. Cette évaluation s’opère souvent inconsciemment et de manière automatique. Elle détermine le niveau d’attention attribué à l’événement. L’implication y joue un rôle : elle détermine les conséquences potentielles d’un événement pour l’individu. C’est cette évaluation qui englobe l’attribution de la causalité ou de la responsabilité de l’événement, la comparaison entre les attentes et les résultats de l’événement et surtout, l’évaluation de la mesure selon laquelle l’événement constitue une menace pour les besoins, les intérêts et les buts de l’individu. Sur la base de cette hypothèse, l’individu a aussi besoin de déterminer l’urgence d’une action en vue de changer ou de s’adapter à l’événement.
(4) Face à un stimulus, l’organisme détermine également ses capacités à faire face, également appelées potentiel de maîtrise ou coping. L’individu apprécie le degré de contrôle qu’il peut exercer sur l’événement ou ses conséquences, sa capacité à modifier la situation, à l’affronter ou à l’éviter. Cette dimension permet de déterminer la capacité de l’individu à influencer ou à contrôler l’événement ou ses conséquences, à évaluer dans quelle mesure il peut contrôler ou obtenir de l’aide de la part d’autrui, à mesurer la facilité avec laquelle il peut s’y ajuster, s’adapter ou vivre avec les conséquences de l’événement, une fois utilisés tous les moyens possibles d’intervention.
(5) Enfin l’individu évalue l’évènement sur la dimension de la signification normative autrement dit sur la compatibilité avec les normes sociales ou ses propres standards. Cette dimension consiste à apprécier dans quelle mesure un événement fait défaut ou au contraire dépasse les normes internes d’un individu comme par exemple l’idéal de soi (attributions désirables) ou les normes externes perçues, telles que les exigences d’un groupe de référence pertinent (à la fois des conduites désirables et obligatoires).
Ces évaluations opèrent dans chaque situation et débouchent sur une configuration particulière de résultats. C’est cette configuration particulière qui détermine l’installation ou non d’une réponse émotionnelle. Dans le cas du déclenchement d’une émotion, son type et sa nature sont également déterminés par ces évaluations.
Les manifestations de l’émotion : une fois l’émotion déclenchée elle se manifeste à travers 5 composantes.
(1) La composante cognitive en référence à l’évaluation de la situation. Comme nous venons de le voir dans la partie précédente, cette évaluation vise entre autre, à déterminer la pertinence du stimulus / situation au regard de l’intégrité du sujet et de l’atteinte de ses objectifs (ex. ce chien aboie et n’a pas l’air commode), des ressources dont l’individu dispose pour y faire face (ex. je n’ai rien pour me défendre), et de l’acceptation sociale du type de réponse choisie (ex. je ne peux pas prendre mes jambes à mon cou devant tout le monde). L’évaluation cognitive est portée par le système nerveux central qui détermine dans quelle mesure l’émotion est déclenchée et, dans l’affirmative, quelles seront sa nature (ex. la peur) et son intensité.
(2) Les modifications biologiques. Celles-ci recouvrent les changements de l’activité neuronale au niveau du système nerveux central, les modifications physiologiques induites par le système nerveux autonome (ex. variations du rythme cardiaque, de la pression sanguine, de la conductance cutanée, de la température corporelle, du rythme respiratoire) et les manifestations neuro-végétatives qui en découlent (ex. dans le cas de la peur : sueurs, palpitations, et oppression respiratoire).
(3) les tendances à l’action (motivations) générées par la situation (ex. envie de prendre ses jambes à son cou, de se volatiliser pour échapper au chien). Le fait que ces tendances à l’action donnent ou non lieu à l’action proprement dite est fonction de sa faisabilité et des contraintes sociales.
(4) les modifications expressives et comportementales : les expressions faciales (ex. expression de peur), la gestuelle, la posture (ex. le retrait) et la voix (ex. chevrotante). C’est la composante la plus saillante pour un observateur.
(5) l’expérience subjective (ex. je ressens que j’ai peur).
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